Comment ne plus se retrouver avec un coinceur qui danse dans le vent.
Introduction
Tu es en train de grimper une belle fissure, tu places ton premier coinceur, t’engages le mouvement… Trois mètres plus haut — un petit regard en arrière — et pouf, il glisse comme du beurre. Pourquoi ? Parce que le placement en trad, c’est comme cuisiner : si tu ne suis pas la recette, ça finit en catastrophe.
Les erreurs de placement sont souvent les mêmes, que tu utilises des coinceurs passifs comme les câblés ou les Hexentrics, ou des friends à lobes mobiles (qui, malgré l’impression qu’ils donnent, sont, dans certains cas, plus subtils à placer).
Voici des retours d’expérience pour augmenter ton plaisir et ta sécurité en protection clean.
Placez un maximum : plus aide plus !?
Si tu lis cet article, c’est que tu es curieux d’en savoir plus. Pareil pour les placements. Le principe est simple : tu as dépensé une petite fortune pour ton matos, tu l’as porté jusqu’ici, alors sers-t’en. Les bénéfices sont là, de toute façon :
- Profite d’un bon emplacement : tu ne sais pas ce qui t’attend plus haut. Peut-être que ce sera le dernier pour un moment. Tu n’as pas envie de le regretter plus tard ou d’être forcé de désescalader pour (re)placer une protection.
- Placer plus, même de petits clusters, crée des ancrages solides pour ménager tes nerfs — c’est un moyen de grimper efficacement.
- Placer plus, c’est s’entraîner plus. Avec le temps, tu auras davantage l’œil et tu pourras réduire le nombre de protections nécessaires pour te sentir à l’aise.
- Mieux vaut commencer avec « un trop » qu’avec « un pas assez ». Ça te donnera plus de sensations de victoire que de défaites.
Deux mauvais placements ne font pas un bon
Un placement douteux, suivi d’un autre, ne feront pas un bon placement. À moins de savoir les égaliser ou d’être déjà en mode expert (ce qui n’est pas le sujet de cet article).
- La logique à privilégier est : si ça mérite d’être fait, ça mérite d’être bien fait. Le reste, c’est une perte d’énergie.
- S’entraîner à l’artif sur coinceur en moulinette (toprope) est un excellent exercice pour tester tes protections.
Bonne prise versus bon placement : joue tactique
Dans les voies équipées de protections permanentes (goujons, etc.), il n’y a pas de concurrence entre le moyen de protection et les prises de main, notamment les trous et les fissures.
- Il faut donc intégrer dans ta tactique de mouvement quand utiliser une fissure comme prise, trouver une position de travail confortable, puis « recycler » cette même structure, ancienne prise, comme lieu de placement.
- Autrement dit : ne te bloque pas toi-même une prise stratégique avec un coinceur placé trop haut ou trop tôt !
- Placer ses protections entre tes épaules et tes hanches permet aussi de mieux voir ce que tu fais.
La taille compte (ou l’erreur du « Trop Petit »)
Le problème avec les coinceurs trop petits, c’est qu’ils ont tendance à soit glisser, soit se bloquer définitivement dans la fissure. Un Hexentric ou un câblé doit tenir fermement quand tu tires dessus, mais il doit aussi pouvoir être retiré.
Pour éviter ça, une astuce simple :
- Mesure la fissure avec tes doigts (avec la pointe ou tout le doigt, un ou plusieurs).
- Fais ton choix tant que le coinceur (hex, cam, câblé) est encore sur ton baudrier.
- Organise ton rack en fonction des tailles et garde ton brdl en ordre.
Pour les câblés, un test rapide consiste à essayer de faire tourner le coinceur dans la fissure. S’il tourne facilement, c’est qu’il est trop petit. Pour les coinceurs offset, leur forme asymétrique est idéale pour les fissures évasées.
L’erreur de l’angle : quand la direction compte plus que la taille
Les coinceurs, passifs ou actifs, doivent correspondre à la morphologie de la roche (cf. répondre aux exigences de placement décrites plus haut) et être orientés dans le sens de la traction, c’est-à-dire dans la direction de la chute.
Au premier abord, cela semble une évidence, mais en réalité, ça ne l’est pas toujours.
- Fissure droite, protections dans cette même fissure : pas de problème, c’est limpide.
- Le coinceur qui rentre bien, mais pointe vers l’extérieur de ta ligne de grimpe, et toi qui zigzagues entre ces points : si tu n’as pas assez de déviations ou d’autres moyens de limiter les risques, tu es certain de fragiliser tes placements.
- Le friend qui rentre, mais avec sa tige à 90° de la paroi, va pivoter en cas de chute. Place-le dès le départ avec sa tige dans la bonne direction.
- Fissures horizontales : les cams flexibles rentrent et tiendront, mais avec des risques pour ton matos. Les Hexentrics à sangles flexibles sont parfaits. À toi d’arbitrer.
Petite note en marge : les Hexentrics sont une excellente alternative aux friends.
- Une fois posés, ils ne bougeront plus, contrairement aux friends.
- Dans des fissures sales, humides, gelées ou glacées, le contact est déjà fait.
- Beaucoup moins chers à l’achat que les friends — ce qui est probablement une raison pour laquelle le marketing des enseignes te pousse dans le sens du cher (~600€) plutôt que dans l’autre sens (~100€).
DMM Torque Nuts — Wild Country Rockcentrics — BD wired Hex
« Je n’ai pas le temps » : placer en vitesse, c’est placer mal
Quand on est pressé ou fatigué, la tentation est grande de placer n’importe comment pour gagner du temps. Résultat : un coinceur mal engagé ou un friend à moitié ouvert (une lobe marginale), qui ne tiendra pas en cas de chute.
- La clé, c’est de prendre son temps pour observer la fissure avant de choisir son matériel.
- Grimpe davantage tactique : de point de repos en repos, de placement en placement.
- N’hésite pas à désescalader vers un point de repos précédent, ou à te déplacer à droite ou à gauche de la ligne elle-même, puis à remonter pour tenter une deuxième fois.
Un baudrier organisé et rangé à tout moment évite de perdre ton énergie.
Sécurise les passages apparemment simples, mais stratégiques
- Place des protections pour éviter, dans le relais, sur une vire ou une forme de rocher qui peut faire mal.
- Il y a plus de grimpeurs morts ou gravement blessés dans le 4 et le 5 que dans le 6 et le 7. Protège aussi le terrin simple !
- Dans les traversées et les descentes, pense au second et place une protection après la difficulté.
- En fin de longueur ou de voie, avant un réta ou une sortie en dalle, tu te retrouves souvent à plat ventre, dans la mousse, dans les cailloux ou simplement sur tes pieds. Ces endroits sont souvent difficiles à protéger par la suite. C’est exactement là que le poids de la corde et le tirage augmentent — ce n’est pas le moment de se vautrer et si le relais est sur le côté, cela garde la corde dans l’axe pour le second.
